RDC : Découverte des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO en République démocratique du Congo

Les sites du patrimoine mondial appartiennent à tous les peuples du monde, sans tenir compte du territoire sur lequel ils sont situés. La République Démocratique du Congo est le seul pays d’Afrique qui compte cinq sites naturels sur la Liste du patrimoine mondial. Il y a plus de vingt ans, la RD Congo avait décidé d’inscrire les sites des parcs nationaux des Virunga, de la Garamba, de Kahuzi–Biega, de la Salongo et la réserve de la faune à Okapi sur la liste du patrimoine mondial en péril.

Le patrimoine mondial ou patrimoine mondial de l’UNESCO désigne un ensemble de biens culturels et naturels présentant un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité, actualisé chaque année depuis 1978 par le comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies.

Biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial 

Généralités

Chaque année, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO peut inscrire des sites sur la liste du patrimoine mondial. La sélection est basée sur dix critères : six pour le patrimoine culturel (i–vi) et quatre pour le patrimoine naturel (vii–x) Certains sites, désignés comme « mixtes », représentent à la fois un patrimoine culturel et naturel. Les États peuvent également réaliser une inscription sur la liste indicative. Cette liste regroupe les éléments pour lesquels l’État partie a déposé un dossier de candidature à l’UNESCO, avant son acceptation. Elle constitue donc une sorte d’antichambre de la liste du patrimoine mondial.

République démocratique du Congo
  • 1979 – Naturel – Parc national des Virunga
  • 1980 – Naturel – Parc national de la Garamba
  • 1980 – Naturel – Parc national de Kahuzi-Biega
  • 1984 – Naturel – Parc national de la Salonga
  • 1996 – Naturel – Réserve de faune à okapis
Parc national de Kahuzi-Biega (1980)
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Situé à cheval sur le Rift Albertin et le Bassin du Congo, le Parc national de Kahuzi-Biega est un habitat exceptionnel pour la protection de la forêt tropicale humide et des gorilles des plaines de l’Est, Gorilla berengei graueri. Couvrant 600 000 ha, on y trouve des forêts denses humides tropicales de basse altitude ainsi que des forêts afro-montagnardes mélangées avec des forêts de bambou et quelques petites superficies de prairies subalpines et de bruyères sur les monts Kahuzi (3 308 m) et Biega (2 790 m).

Kahuzi-Biega National Parc

Vaste étendue de forêt tropicale primaire, le parc est dominé par deux volcans éteints spectaculaires, le Kahuzi et le Biega. Il est peuplé d’une faune abondante et variée. Situé entre 2 100 et 2 400 m d’altitude, il y vit l’une des dernières populations de gorilles des plaines de l’est (graueri), qui compte environ 250 individus seulement.

Le parc abrite une flore et une faune d’une diversité exceptionnelle qui en font un des sites les plus importants de la vallée du Rift Albertin, elle-même une des régions écologiquement les plus riches d’Afrique et au niveau global. En particulier, la plus importante population du monde de gorilles de plaines de l’Est (ou de Grauer), sous-espèce endémique de République démocratique du Congo (RDC) et classée dans la catégorie En danger sur la Liste rouge de l’UICN, utilise la mosaïque des habitats qui se trouvent dans le bien.

Critère (x) : Le Parc national de Kahuzi-Biega abrite plus d’espèces de mammifères que tout autre site du Rift Albertin. Il est le deuxième site le plus important de la région aussi bien pour les espèces endémiques qu’en termes de richesse spécifique. Le parc compte 136 espèces de mammifères, parmi lesquelles le gorille de plaine de l’Est qui est la vedette et 13 autres primates comprenant des espèces menacées comme le chimpanzé, le colobe bai, et les cercopithèques de l’Hoest et d’Hamlyn. D’autres espèces extrêmement rares des forêts de l’est de la RDC y sont aussi présentes telles que la genette géante (Genetta victoriae) et la genette aquatique (Genetta piscivora). Des mammifères caractéristiques des forêts d’Afrique centrale vivent aussi dans le parc comme l’éléphant de forêt, le buffle de forêt, l’hylochère et le bongo.

Le bien est situé dans une importante zone d’endémisme (Endemic Bird Area) pour les oiseaux identifiés par BirdLife International. La Wildlife Conservation Society a dressé une liste complète d’oiseaux pour le parc en 2003 avec 349 espèces dont 42 endémiques. De même, le parc a été également reconnu comme un Centre de diversité pour les plantes par l’UICN et le WWF en 1994 avec au moins 1 178 espèces répertoriées dans la zone de haute altitude, la partie basse restant encore à inventorier. Le parc est un des rares sites d’Afrique subsaharienne où la transition floristique et faunique de basse à haute altitude est observable. Il comprend en effet tous les stades de végétation forestière allant de 600 m à plus de 2 600 m, des forêts denses humides de basse et moyenne altitudes aux forêts submontagnardes jusqu’aux forêts montagnardes et de bambou. Au-dessus de 2 600 m jusqu’au sommet des monts Kahuzi et Biega, s’est développée une végétation subalpine à bruyères, hébergeant la plante endémique Senecio kahuzicus. Le parc abrite aussi des formations végétales globalement peu répandues comme les marais et les tourbières d’altitude et les forêts marécageuses et ripicoles sur sols hydromorphes à toutes altitudes.

Intégrité

Les forêts du bien sont caractérisées par une continuité de la végétation du sommet des montagnes aux régions de basse altitude. Un couloir relie une zone de haute altitude de 60 000 ha à un secteur de basse altitude de 540 000 ha. La superficie du bien est considérée comme suffisante pour maintenir sa faune. Le maintien de la continuité de la végétation est primordial pour éviter la fragmentation des populations animales, en particulier des grands mammifères.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien est protégé par un statut de parc national et géré par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Il dispose d’une infrastructure de gestion et de surveillance. Un plan de gestion doit être finalisé et approuvé.

Bien que la plus grande partie du bien soit inhabitée, quelques villages ont été inclus dans le parc lors de son extension en 1975, créant des litiges avec les populations. Ces problèmes doivent être résolus afin de renforcer l’efficacité des actions de conservation.

Les limites du bien devraient aussi être matérialisées, surtout là où elles ne sont pas constituées par des limites naturelles. Ceci est particulièrement important tant en basse altitude qu’au niveau du couloir névralgique reliant les parties haute et basse du parc.

Le secteur de haute altitude est traversé par une route nationale à faible trafic. La maîtrise de l’intensité de ce trafic est importante afin d’éviter un impact sur les populations d’espèces menacées dans ce secteur, notamment celles des gorilles.

Au moment de l’inscription du bien en 1980, des défis avaient été souligné, y compris les problèmes économiques qui ont entraîné une grave diminution de l’efficacité de la gestion et de la protection nécessaires pour garantir la survie des espèces du parc et la continuité de ses écosystèmes. Il avait également été noté qu’en raison de problèmes logistiques, d’importantes parties du parc n’ont été que rarement voire même jamais visitées par le personnel en sous-effectif de gardes, et le braconnage a augmenté.

L’instabilité politique dans la région, en provoquant le déplacement de milliers de personnes, représente une menace très sérieuse pour l’intégrité du bien et les populations de grands mammifères du parc ont décliné de façon dramatique.  Le parc ne disposant pas de zone tampon, s’assurer la coopération des populations riveraines pour la conservation du bien est l’une des tâches principales de gestion, en particulier dans les zones à forte densité humaine.

Un autre enjeu clé de la gestion est celui du contrôle du braconnage et de l’exploitation minière artisanale dans les anciens sites d’extraction. La chasse de gibier pour la viande de brousse ainsi que la conversion des habitats y sont considérées comme des conséquences de la présence de nombreux mineurs dans le parc. Les ressources financières et humaines étant insuffisantes, il devient impératif d’obtenir des moyens supplémentaires afin de renforcer l’efficacité de gestion, y compris idéalement par la création d’un « Trust Fund ».

Parc national de la Garamba (1980)
Valeur universelle exceptionnelle
Brève synthèse

Comprenant d’immenses savanes herbeuses ou boisées entrecoupées de forêts-galeries et de dépressions marécageuses, le Parc national de la Garamba se situe au nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC) dans la zone de transition entre les forêts denses humides du bassin du Congo et les savanes guinéo-soudaniennes. Il abrite la dernière population mondiale du rhinocéros blanc du nord, une sous-espèce endémique de girafe congolaise et une population d’éléphants mélangeant éléphants de forêt, éléphants de savane et des individus montrant des caractéristiques morphologiques communes aux deux sous-espèces. Il se caractérise aussi par une biomasse exceptionnellement élevée de grands herbivores grâce à la productivité végétale du milieu. Couvrant 490 000 ha et entouré de 752 700 ha de trois domaines de chasse qui contribuent à une protection efficace du bien contre les menaces provenant de la zone environnante, ce bien est un sanctuaire exceptionnel de par son mélange inhabituel de grande faune spectaculaire.

Comprenant d’immenses savanes, herbeuses ou boisées, entrecoupées de forêts-galeries le long des rivières et de dépressions marécageuses, le parc abrite quatre des plus grands mammifères : l’éléphant, la girafe, l’hippopotame et surtout le rhinocéros blanc, inoffensif et beaucoup plus gros que le rhinocéros noir, dont il ne subsiste qu’une trentaine d’individus.

Critère (vii) : Le Parc national de la Garamba et ses domaines de chasse avoisinants offrent une vaste étendue parsemée d’un réseau dense de petites sources permanentes qui soutiennent une productivité végétale et une biomasse d’herbivores exceptionnellement élevées. Cette biomasse se traduit par exemple par la présence d’importants attroupements d’éléphants à certaines périodes de l’année, parfois dans des troupeaux de plus de 500 individus, phénomène naturel exceptionnel.

Critère (x) : Le Parc national de la Garamba abrite les quatre plus grands mammifères terrestres du monde, soit l’éléphant, le rhinocéros, la girafe et l’hippopotame. La population de rhinocéros blanc du nord est la dernière population survivante de cette sous-espèce. De plus, la sous-espèce de la girafe congolaise est également endémique au parc. Situé dans la zone de transition entre les centres d’endémisme guinéo-congolien et guinéo-soudanien, le parc et les domaines de chasse avoisinants abritent une biodiversité particulièrement intéressante avec des espèces typiques des deux zones biogéographiques. Outre le rhinocéros et la girafe, les espèces purement savanicoles incluent le lion, la hyène tachetée, et de nombreuses espèces d’antilopes. Par ailleurs, les espèces typiques de la forêt dense comprennent le bongo, l’hylochère, le chimpanzé, et cinq espèces de petits primates diurnes. Le parc fait aussi parti des rares endroits en Afrique où l’on rencontre à la fois l’éléphant de forêt Loxodonta africana cyclotis et l’éléphant de savane Loxodonta africana africana, ainsi que des éléphants présentant des caractéristiques morphologiques communes aux deux sous-espèces. Une population très importante du buffle africain montre également des formes intermédiaires entre le buffle de forêt Syncerus caffer nanus et le buffle de savane Syncerus caffer aequinoctialis.

Intégrité

Le Parc national de la Garamba est délimité à l’est, au sud et à l’ouest par des cours d’eau importants qui constituent des limites naturelles précises et connues de tous. Au nord, il partage ses limites avec le Lantoto National Park du Soudan du Sud, offrant d’intéressantes possibilités de protection à l’échelle transfrontalière et régionale. Dans un paysage vierge, aucune présence ou installation humaine n’était signalée dans le parc au moment de l’inscription et la population en périphérie était faible. Le Parc national de la Garamba est entouré de trois grands domaines de chasses contigus, constituant un écosystème d’une superficie suffisamment étendue (1 242 700 ha) pour soutenir des populations importantes de grands mammifères avec leurs schémas de migrations locales saisonnières. Les domaines de chasse contribuent à une protection efficace du bien contre les menaces provenant de la zone environnante. Leur valeur est primordiale, particulièrement pour les mouvements saisonniers des éléphants et pour le maintien des populations viables des espèces forestières.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le Parc national de la Garamba a un statut de Parc national depuis 1938, et l’autorité de gestion en est l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Il est géré à travers les trois secteurs administratifs de Nagero, Gangala na Bodio et Beredwa à la limite nord, chacun ayant une infrastructure immobilière et routière.  La mise en place d’un plan de gestion est une condition indispensable à la gestion du parc. Etant donné l’importance des domaines de chasse pour l’intégrité du bien, ceux-ci doivent bénéficier d’une gestion intégrée avec le parc.

Il est essentiel que l’intégration des communautés locales dans la gestion du parc et des domaines de chasse périphériques, à travers l’approche de la conservation communautaire, soit mise en place par le biais d’une gestion participative des ressources naturelles.

La surveillance est assurée par les gardes au moyen de patrouilles dans les trois domaines de chasse ainsi que dans le parc, en liaison avec des survols réguliers de toutes ces zones.  L’aspect touristique y avait été développé et la possibilité, unique en Afrique, d’un tourisme à dos d’éléphant y existait ; cette activité pourra être reprise lorsque la situation sécuritaire sera plus stable.

Le partenariat avec les organismes internationaux et la recherche de fonds suffisants pour une conservation efficace du bien doivent aussi être renforcés, y compris idéalement par la création d’un Fonds fiduciaire.

Parc national de la Salonga (1984)
Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Au cœur du bassin central du fleuve Congo, le Parc national de la Salonga est la plus grande aire protégée de forêt dense humide du continent africain (lorsqu’on prend en considération les deux sections disjointes du parc). Très isolé et accessible seulement par voie d’eau, ce vaste parc (3 600 000 ha) abrite l’évolution d’importantes espèces et communautés d’espèces dans une surface forestière encore relativement intacte. Jouant également un rôle fondamental pour la régulation climatique et la séquestration du carbone, il constitue l’habitat de nombreuses espèces menacées telles que le chimpanzé nain (ou bonobo), l’éléphant de forêt et le paon du Congo.

Critère (vii) : Le Parc national de la Salonga représente l’un des très rares biotopes absolument intacts existant encore en Afrique centrale. Il comporte en outre de vastes zones marécageuses et des galeries forestières pratiquement inaccessibles, qui n’ont jamais été explorées et qui peuvent donc être considérées comme pratiquement vierges.

Critère (ix) : La flore et la faune du Parc national de la Salonga constituent un exemple d’évolution biologique et d’adaptation des formes de vie dans un environnement de forêt ombrophile équatoriale complexe. La grande superficie du parc assure la poursuite de l’évolution des espèces et communautés d’espèces dans une forêt encore relativement intacte.

Au cœur du bassin central du fleuve Congo, ce parc est la plus grande réserve de forêt tropicale pluviale, très isolée et accessible seulement par voie d’eau. C’est l’habitat de plusieurs espèces endémiques menacées, comme le chimpanzé nain, le paon du Congo, l’éléphant de forêt et le gavial africain, ou « faux crocodile ».

Intégrité

Le Parc national de la Salonga, créé en 1970 et d’une superficie de 3 334 600 ha, est divisé en deux secteurs (Nord et Sud) par un corridor hors parc d’une quarantaine de kilomètres de large. Le parc est l’un des plus étendus du monde et sa superficie est suffisamment importante pour offrir des habitats viables à sa faune et à sa flore. Le fait que le parc soit actuellement divisé en deux zones distinctes suggère que l’on devrait prévoir des corridors biologiques dans l’intervalle non classé entre ces deux secteurs, ceci afin de créer une liaison écologique continue entre ces deux zones.

Le tiers environ du secteur sud du parc abrite des groupes de Pygmées et une partie des terres qui s’y trouvent sont revendiquées par la population locale. Les limites du bien sont intactes grâce à l’existence d’importantes rivières qui constituent des limites naturelles précises et reconnues, ceci malgré la présence de quelques villages à l’intérieur des limites du parc.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le Parc national de la Salonga est géré suivant l’ordonnance loi 70-318 du 30/11/1970 et la loi 69-041 du 28/08/1969, relative à la conservation de la nature. Il possède six secteurs administratifs : Monkoto, Mondjoku, Washikengo, Yoketelu, Anga et Mundja qui ne possèdent pas encore une infrastructure immobilière conséquente.

L’autorité de gestion en est l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Il est nécessaire que le parc se dote d’un plan de gestion, même s’il existe un Comité de coordination de site (COCOSI) qui, au moins une fois chaque année, réunit les partenaires appuyant le site, le chef de site et ses collaborateurs.

Au moment de l’inscription, il a été noté que leParc national de la Salonga a été soumis à des pressions telles que le braconnage et la coupe de végétation par les populations locales. Il y manque une structure de gestion, un personnel qualifié en nombre suffisant et un plan de gestion. L’avenir du parc ne peut être assuré sans un renforcement urgent tant des structures de gestion que du financement disponible.

Parmi les problèmes de gestion qui demandent une attention à long terme, il faut signaler le braconnage par les méthodes traditionnelles et plus récemment par les militaires avec des armes de guerre modernes ; la pression et l’occupation humaines par les Yaelima dans la partie Sud et par les Kitawalistes dans le Nord (avec impacts qui en découlent tels que feux, déforestation pour implantation de cultures vivrières, coupes de bois pour le chauffage, la récolte du miel et la fabrication des pirogues) ; la contestation des limites du parc par la population à certains endroits ; le trafic commercial de la viande de chasse ; l’exploitation forestière par les particuliers dans la partie sud ; et la pollution des eaux du parc avec des produits toxiques utilisés pour la pêche illicite.

L’intégration des communautés locales établies dans le corridor non classé entre les deux secteurs du parc est une condition importante et doit être mise en œuvre à travers une gestion participative des ressources naturelles.

La surveillance est assurée par les gardes au travers de patrouilles régulières et il est nécessaire de garantir que les effectifs seront augmentés sur le long terme pour surveiller efficacement et gérer des zones aussi immenses et difficiles d’accès.

Le partenariat avec les organismes internationaux et la recherche de fonds suffisants pour une conservation efficace du bien doivent aussi être renforcés, y compris idéalement par la création d’un « Trust Fund ».

Parc national des Virunga (1979)

8367f8c92b1d1fcc4e6dd7787692de01 12

parc des Virunga présente une diversité d’habitats incomparable, allant des marécages et des steppes jusqu’aux neiges éternelles du Rwenzori, à plus de 5 000 m d’altitude, en passant par les plaines de lave et les savanes sur les pentes des volcans. Quelque 20 000 hippopotames fréquentent ses rivières, le gorille de montagne y trouve refuge, et des oiseaux en provenance de Sibérie viennent y passer l’hiver.

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le Parc National des Virunga se distingue par sa chaîne de volcans actifs et la richesse de sa diversité d’habitats qui surpasse celle de tout autre Parc africain, avec sa gamme de steppes, savanes et plaines de lave, marécages, basses terres et ceintures forestières afromontagnardes jusqu’à sa végétation afro-alpine unique et aux champs de glace des monts Rwenzori dont les pics culminent à plus de 5 000 m. Le site inclut les massifs spectaculaires des Rwenzori et des Virunga qui abritent les deux volcans les plus actifs d’Afrique. La grande diversité des habitats a donné lieu à une biodiversité exceptionnelle, notamment des espèces endémiques et des espèces rares et mondialement menacées comme le gorille de montagne.

Critère (vii) : Le Parc National des Virunga offre certains des paysages de montagne les plus spectaculaires d’Afrique. Les monts Rwenzori aux reliefs tourmentés, avec leurs sommets enneigés, leurs falaises et leurs vallées abruptes, et les volcans du massif des Virunga couverts d’une végétation afro-alpine de fougères arborescentes et de lobélies, et leurs pentes couvertes de forêts denses, sont des lieux d’une beauté naturelle exceptionnelle. Les volcans, qui manifestent leur activité par des éruptions à intervalles réguliers de quelques années, constituent les formes terrestres dominantes de ce paysage exceptionnel. Le Parc présente plusieurs autres panoramas spectaculaires comme les vallées érodées des régions de Sinda et d’Ishango. Le Parc abrite aussi d’importantes concentrations de faune sauvage, notamment des éléphants, buffles et cobs de Thomas, et la plus forte concentration d’hippopotames d’Afrique, avec 20 000 individus vivant sur les berges du lac Edouard et le long des rivières Rwindi, Rutshuru et Semliki.

Critère (viii) : Le Parc National des Virunga est situé au centre du Rift Albertin, lui-même dépendant de la Vallée du Grand Rift. Dans la partie sud du Parc, l’activité tectonique due à l’extension de l’écorce terrestre dans cette région a fait émerger le massif des Virunga, composé de huit volcans, dont sept sont situés totalement ou partiellement dans le Parc. Parmi eux figurent les deux volcans les plus actifs d’Afrique – le Nyamuragira et le Nyiragongo tout proche – responsables à eux seuls des deux cinquièmes des éruptions volcaniques historiques sur le continent africain et qui se caractérisent notamment par l’extrême fluidité de leurs laves alcalines. L’activité du Nyiragongo a une importance mondiale en tant que témoignage du volcanisme d’un lac de lave : le fond de son cratère est en effet occupé par un lac de lave quasi permanent, qui se vide périodiquement avec des conséquences catastrophiques pour les communautés locales. Le secteur nord du Parc inclut environ 20 % du massif des monts Rwenzori – la plus vaste région glaciaire d’Afrique et la seule chaîne de montagnes véritablement alpine du continent. Il jouxte le Parc National des Monts Rwenzori en Ouganda, classé au patrimoine mondial, avec qui il partage le Pic Marguerite, troisième sommet d’Afrique (5 109 m).

Critère (x) : En raison de ses variations d’altitude (de 680 m à 5 109m), de pluviométrie et de nature de sols, le Parc National des Virunga possède une très grande diversité de plantes et d’habitats qui le mettent au premier rang des Parcs Nationaux africains pour la diversité biologique. On a identifié plus de 2 000 plantes supérieures, dont 10 % sont endémiques au Rift Albertin. Les forêts afromontagnardes représentent environ 15 % de la végétation. Le Rift Albertin abrite aussi plus d’espèces de vertébrés endémiques que toute autre région du continent africain et le Parc en possède de nombreux exemples. Le Parc abrite aussi 218 espèces de mammifères, 706 espèces d’oiseaux, 109 espèces de reptiles et 78 espèces d’amphibiens. Il sert aussi de refuge à 22 espèces de primates, dont trois espèces de grands singes – le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei), le gorille des plaines de l’Est (Gorilla beringei graueri) et le chimpanzé de l’Est (Pan troglodytes schweinfurthi), et à un tiers de la population mondiale de gorilles de montagne. Les zones de savane du Parc abritent une population diverse d’ongulés et la densité de biomasse de mammifères sauvages est l’une des plus hautes de la planète (27.6 tonnes/km²). Parmi les ongulés, on trouve certains animaux rares comme l’okapi (Okapi johnstoni), endémique à la République Démocratique du Congo (RDC), et le céphalophe rouge (Cephalophus rubidus), endémique aux monts Rwenzori. Le Parc comporte aussi d’importantes zones humides essentielles pour l’hivernage de l’avifaune paléarctique.

Intégrité

Le parc est caractérisé par une mosaïque d’habitats extraordinaires qui s’étendent sur 790 000 ha.  Le bien est clairement délimité par l’ordonnance de 1954. Les richesses y sont bien protégées malgré les défis économiques et démographiques dans sa périphérie.

Le parc renferme deux couloirs écologiques hautement importants car ils relient respectivement les différents secteurs : le couloir de Muaro relie le secteur de Mikeno au secteur Nyamulagira, la côte ouest relie le secteur nord au secteur centre du massif des Virunga.  La présence du Queen Elizabeth National Park, aire protégée contigüe en Ouganda, constitue également un couloir écologique terrestre reliant les secteurs centre et nord. Enfin le lac Edouard constitue un couloir aquatique important.

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le bien est au bénéfice d’un statut de Parc national depuis 1925. Son autorité de gestion est l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), organisme qui a perdu de nombreux agents morts en service. Le parc se heurte à des problèmes de gestion.

Pour assurer la pérennité du bien, le parc doit être géré sur des bases scientifiques et disposer d’un plan de gestion qui faciliterait, entre autre, une meilleure délimitation des différentes zones. Une surveillance renforcée assurerait l’intégrité des limites du parc. Elle réduirait le braconnage, la déforestation, et la pression sur les ressources piscicoles (qui risquent de s’accroître), activités notamment de groupes armés isolés. A cet effet, le renforcement des effectifs et de l’équipement disponibles ainsi que de la formation du personnel du parc sont primordiaux.

L’amélioration et le renforcement des infrastructures administratives et de surveillance contribueraient à réduire la pression sur les espèces rares et menacées comme les gorilles de montagne, les éléphants, les hippopotames et les chimpanzés. Vu la croissance démographique humaine importante, l’établissement de zones tampons dans tous les secteurs s’avère indispensable et urgent. Une autre priorité est celle d’établir un Fonds fiduciaire qui permettrait de garantir des ressources suffisantes pour la protection et la gestion de la propriété à long terme.

La promotion d’un tourisme localisé et contrôlé pourrait accroître les recettes et contribuer à un financement régulier pour le maintien du bien.

Réserve de faune à okapis (1996)

 

 

La réserve de faune à okapis occupe environ un cinquième de la forêt d’Ituri au nord-est du pays. Le bassin du fleuve Congo, dont la réserve et la forêt font partie, est un des plus grands systèmes de drainage d’Afrique. La réserve de faune abrite des espèces menacées de primates et d’oiseaux et environ 5000 okapis, sur les 30 000 vivant à l’état sauvage. La réserve possède également des sites panoramiques exceptionnels, dont des chutes sur l’Ituri et l’Epulu. Elle est habitée par des populations nomades traditionnelles de Pygmées Mbuti et de chasseurs Efe.

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La Réserve de Faune à Okapis possède une flore d’une exceptionnelle diversité et abrite de nombreuses espèces endémiques et menacées, dont 1/6ème de la population existante d’okapis. La Réserve protège 1/5ème de la forêt d’Ituri, un refuge pléistocène dominé par une forêt dense sempervirente de « Mbau » et par une forêt humide semi-sempervirente qui s’entremêle avec des forêts marécageuses qui poussent le long des cours d’eau, avec des clairières localement appelées « edos » et des inselbergs.

Critère (x) : Sa localisation biogéographique, ses biotopes exceptionnellement riches et la présence de nombreuses espèces rares ou absentes des forêts de basse altitude adjacentes, suggèrent que la forêt d’Ituri a vraisemblablement servi, au cours des périodes climatiques antérieures plus sèches, de refuge pour la forêt tropicale humide. Au nord de la Réserve, des inselbergs granitiques abritent une flore particulière spécialement adaptée à ce microclimat, caractérisée par de nombreuses espèces endémiques telles que le Cycade géant (Encepholarcus ituriensis).

La Réserve compte 101 espèces de mammifères et 376 espèces d’oiseaux répertoriées. La population de l’espèce endémique Okapi (Okapia johnstoni), une girafe de forêt, est estimée à 5 000 individus. Parmi les autres mammifères endémiques à la forêt nord-est de la RDC identifiés dans la Réserve, se trouvent également la genette aquatique (Osbornictis piscivora) et la genette géante (Genetta victoriae). La Réserve abrite 17 espèces de primates (dont 13 diurnes et 4 nocturnes), le nombre le plus élevé pour une forêt africaine, dont 7 500 chimpanzés (Pan troglodytes).

La Réserve compte également l’une des populations d’ongulés de forêts les plus variées avec 14 espèces dont 6 espèces de céphalophes. Elle abrite la plus importante population d’éléphants de forêt (Loxodonta africana cyclotis) encore présente à l’est de la RDC, estimée à 7 500 individus, et elle est importante pour la conservation d’autres espèces de forêt comme le bongo (Tragelaphus eurycerus), l’antilope naine (Neotragus batesi), le chevrotain aquatique (Hyemoschus aquaticus), le buffle de forêt (Syncerus caffer nanus) et l’hylochère (Hylochoerus meinertzhageni). Elle est également répertoriée comme l’une des aires protégées les plus importantes d’Afrique pour la conservation des oiseaux avec la présence de nombreuses espèces emblématiques comme le paon du Congo (Afropavo congensis), ainsi que de nombreuses espèces endémiques à l’est de la RDC.

Intégrité

Les forêts de la Réserve comptent parmi les plus préservées de l’est du Bassin du Congo, et sa superficie est considérée comme suffisante pour maintenir sa faune. La Réserve fait partie d’un plus grand paysage forestier, celui de l’Ituri, qui reste peu touché par l’exploitation forestière et agricole.

Mesures de protection et de gestion requises

Le bien est protégé par un statut de Réserve de faune. La Réserve abrite une importante population autochtone, les pygmées Mbuti et Efe, pour laquelle l’écosystème forestier est essentielle économiquement et culturellement. Un plan de gestion comportant trois zones de gestion à l’intérieur de la Réserve a été proposé.

Cela inclut une zone intégralement protégée de 282.000 ha, comprenant 20% de la Réserve où toute chasse est prohibée et une zone à usage traditionnel de 950.000 ha, dans laquelle une chasse autogérée faisant appel à des méthodes traditionnelles est autorisée pour couvrir les besoins élémentaires des populations humaines de la Réserve en produits forestiers. Les installations permanentes et les défrichages agricoles sont autorisés dans une zone d’implantation de 18.000 ha qui comprend une étroite bande de chaque côté de la route nationale 4, qui traverse le secteur central de la Réserve, et le long d’une autre route secondaire qui relie Mambasa à Mungbere, à l’extrême est du bien. Il est prévu que la zone intégralement protégée soit déclarée parc national. Une zone-tampon de 50 km de large a été définie tout autour de la Réserve.

Contrôler l’immigration dans la zone d’implantation, circonscrire les empiètements agricoles à l’intérieur de la zone de 10 km de large située le long de la route et s’assurer de l’implication des populations autochtones, pygmées Mbuti et Efe, dans la gestion de la Réserve seront les enjeux majeurs de la gestion de cette Réserve. Un autre enjeu clé de la gestion concerne le contrôle du braconnage commercial et de l’exploitation minière artisanale. Alors que la Réserve bénéficie de l’appui de diverses ONG et de financements supplémentaires, il devient impératif d’obtenir des ressources humaines et logistiques afin d’assurer la gestion efficace du bien et de sa zone-tampon.

 

Partager cet article avec vos collegues

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous devez remplir ce champ
Vous devez remplir ce champ
Veuillez saisir une adresse de messagerie valide.
Vous devez accepter les conditions pour continuer

Menu