Interview : Les peuples autochtones résistent à la pandémie du Coronavirus « grâce aux produits forestiers non-ligneux »

Le GTCRR se félicite des efforts fournis par les peuples autochtones face la pandémie du coronavirus, grâce aux produits forestiers non lignés utilisés depuis des millénaires par cette tranche de la population. Le gouvernement devrait saisir l’opportunité pour valoriser cette expertise afin de renforcer son impact dans l’économie congolaise. Dans une interview accordée à Géopolis Hebdo, Guy Kajemba coordonnateur du groupe de travail climat REED+ annonce aussi la publication imminente de la position de la société civile environnementale sur l’harmonisation du plan d’aménagement du territoire. Ce plan qui devra impliquer toutes les modalités de la gestion des forêts en RDC.

GH : Monsieur Guy Kajemba, vous êtes coordonnateur du groupe de travail climat REDD+ (Réduction des effets liés à la déforestation et à la dégradation+ signifie avec séquestration du carbone). Dites-nous quelle a été la contribution des produits forestiers dans la résistance à l’épidémie ou encore la pandémie coronavirus en Afrique, plus particulièrement en RDC ?

Guy Kajemba : Je vais inscrire cette intervention dans le cadre de la journée internationale des peuples autochtones célébrée le 9 Aout 2020 ; un moment qui nous a permis de réfléchir sur la progression de la pandémie à Coronavirus ; le danger que présente la pandémie et sur la vulnérabilité ou non des peuples autochtones dans la forêt par rapport à la pandémie.
Nous constatons que les peuples autochtones n’ont pas été affectés par la pandémie et nous faisons un lien avec leur mode de vie ; vous savez que nous avons toujours dit qu’ils ont la pharmacopée et que dans leurs forêts il y’a des produits qu’il faut. Ils se soignent depuis des millénaires avec des produits de la forêt sans la médecine moderne.

En ce moment où la communauté n’a pas de réponse nous nous posions la même question de savoir si les communautés autochtones seront touchées par cette crise qui est grave. Mais nous avons constaté que cette progression n’a pas été aussi catastrophique qu’on ne le pensait dans les milieux autochtones. D’où la réflexion de nous pencher sur leur mode de vie ; sur les produits forestiers non lignés (PFNL : autres produits forestiers en dehors du bois) ce qu’ils mangent.

Depuis le début, la communauté que nous avons vu des efforts liés à la consommation de certains produits forestiers non lignés ici à Kinshasa pour résister contre la covid 19 et nous constatons ensemble que la covid 19 n’évolue pas comme on le pensait surtout dans les périphéries de la ville où les gens sont proches des forêts ou aux frontières avec les forêts le long du fleuve par exemple où ils ont toujours accès à un certain nombres des produits non lignés et ça nous pousse à continuer à réfléchir sur le rôle de ces produits notamment le Congo Bololo ; Bulukuku ; Kimbiolongo que je vois les gens consommer et qui peuvent à un certain moment nous faire réfléchir sur pourquoi la pandémie n’a pas progressé. Elle progresse surtout dans les centres villes où la civilisation ou les gens sont trop à l’aise nous devons exploiter cela. C’est la raison qui pousse à réfléchir sur le respect du savoir endogène des peuples autochtones, leur pharmacopée et de les soutenir dans leur mode de vie traditionnel parce qu’on pressent qu’il y’a beaucoup des solutions que l’on peut avoir à travers cela.

GH : Vous avez affirmé que les produits forestiers ont contribué considérablement à lutter contre la pandémie. Quelle est alors la valeur de ces produits ?

G.K : Difficile d’estimer cette valeur d’autant plus que vous savez que les peuples autochtones sont très exploités ; jusqu’aujourd’hui ils sont discriminés et leurs produits sont achetés à vil prix. Il suffit d’aller voir le coût d’un litre de miel dans un supermarché, vous allez voir le prix dans la forêt où on leur donne juste une chemise, donc à un moment on a des problèmes pour essayer de les valoriser. C’est ça l’effort je pense qu’on doit trouver la valeur réelle de ces produits pour que les communautés qui en produisent puissent aussi en bénéficier avec une filière commerciale qui est bien organisée. Donc nous ne sommes pas en mesure aujourd’hui de dire la valeur réelle mais nous constatons seulement que ces produits sont très utilisés dans tous les ménages. Partout ici à Kinshasa, le miel est là. Il y’a les chenilles et bien d’autres produits et que nous constatons aussi que c’est acheté, mais quand nous essayons de voir un peu plus loin dans la chaine de production, on constate qu’ils le font sans détruire la forêt, avec une technique appropriée à leur niveau, avec des récoltes ciblées.
Il y a une organisation DPI (projet intégré REDD) qui est en train de faire des recherches sur la filière donc bientôt le GTCRR aura des informations appropriées sur la valeur réelle de ces produits

GH : Au cas où cela arrivait quel serait donc l’impact économique de ces produits dans les marchés congolais

G.K : Si ces produits sont bien vendus, le miel qu’on achète ici quand on l’emballe seulement on le traite ça coûte trois fois plus cher. Donc il y a quelque part où on doit gagner c’est dans la politique de consommation des produits de conservation. Vous savez, c’est tout ce qu’on a toujours dit : que ça soit la tomate ou le jus qu’on importe et pourtant on jette des fruits chez nous sur la route donc il y a toujours une réflexion à faire dans l’ensemble sur la valeur des forêts pas seulement pour les services Environnement, mais la valeur réelle qui n’a pas toujours été envisagée. On voit toujours en terme de bois, nous exploitons des bois pendant qu’il y a des produits qui sont connexes et aider les communautés à servir le pays.

GH : Le GTCRR travaille sur l’harmonisation du processus d’aménagement du territoire. Où en êtes-vous exactement en ce qui concerne la position de la société civile environnementale quant à ce ?

G.K : vous savez dans notre réflexion, globalement les réformes dans l’ensemble devraient précéder ces tas d’investissements dans ce processus ce qui n’a pas été bien fait depuis l’adoption de la stratégie nationale de la RDC sur la question REDD+. Il y a donc un retard ou une erreur stratégique da la validation des outils. Voilà pourquoi on a beaucoup des problèmes et on cherche toujours à pousser vite cette validation pour rattraper le retard et à des moments, il y a des difficultés liées à cette précipitation.
Aujourd’hui nous avons fait une lecture des autres processus dans l’ensemble, notamment celui de réaménagement du territoire et nous avons constaté qu’il y’a des choses à dire ; à rediscuter ou à échanger par rapport à l’évolution de la politique. Malheureusement nous tous avons été pressés parce qu’on sentait qu’i y avait des investissements déjà qui avaient été faits dans les PIREDD+ et des millions de dollars qui partaient déjà sans qu’on ait ni les schémas d’aménagement, ni le plan d’aménagement, encore moins d’autres outils qui pouvaient suivre comme soubassement.

Nous avons discuté longuement avec le gouvernement. Nous sommes en train de finaliser un consensus national sur la nécessité de continuer de poursuivre les efforts d’amélioration de tous ces documents en utilisant toutes les options qui vont se présenter devant nous pour intégrer certains éléments qui n’ont pas été pris en compte au vu de la vitesse qui a fait à ce qu’on puisse avancer.
Dans 48 heures nous allons publier finalement notre position sur l’aménagement du territoire. Vous savez que c’est le berceau même de toute la discussion sur les forêts. Il y’a toutes les questions liées à la superposition des usages ; à l’exploitation industrielle du pétrole et tous ces éléments-là. Beaucoup des choses doivent être arbitrées à travers ce processus en conformité avec d’autres processus, notamment le foncier, l’agricole et d’autres.

GH : Que doit-on alors retenir en guise de conclusion sur ces questions

G.K : Pour ces questions importantes, je pense qu’il faut continuer à pendre avec beaucoup de sérieux le rôle que jouent et continuent à jouer les peuples autochtones dans la préservation des écosystèmes mondiales. Il faut prendre beaucoup au sérieux leur mode de vie et s’inspirer de cela sur certaines questions. Les blancs en sont inspirés mais ils ne le disent pas. Nous devons faire un effort d’exploiter le plus possible le savoir endogène qui permet à ces gens-là de résister à des maladies ; des intempéries que nous ne savons pas gérer.
Nous la société civile sommes déjà organisés ensemble derrière le processus pour nous assurer encore une fois que ça respecte ce pourquoi nous nous sommes battus, notamment les droits des communautés locales des peuples autochtones ; les femmes et les autres organes qui sont nécessaires pour la survie des communautés.

Propos recueillis par Mimie Zéna

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